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PIC LÉNINE (7134 m) - Face nord
Juillet 2016, Pamir, Kirghizistan
Après un passage par l'aéroport d'Istanbul, récemment secoué par un attentat et une tentative de coup d'état, je débarque en pleine nuit à Osh, la seconde plus grande ville du Kirghizistan. Mes premiers pas sont hésitants sur cet ancien territoire soviétique, devenu république islamique, car mon chauffeur de l'agence ITMC n'est pas présent comme prévu ! Question professionnalisme, il y a mieux comme entrée en matière... Je trouve finalement un arrangement avec une autre agence qui me conduit à l'hôtel Sunrise situé au cœur de la ville. J'y rejoins Daman, mon coéquipier britannique pour cette expédition. Jean-Marc, compatriote de son état, n'aura pas la chance de nous accompagner car ses bagages ont été perdus par la compagnie aérienne... Quel coup dur !
Acclimatation vers le Pic Petrovski
Jour 1 : Bienvenue au Kirghizistan
Nous rencontrons Alexi, notre guide kirghize, et nous partons illico vers les hauts reliefs du Pamir, au sud. 6 heures de route nous sont nécessaires, au volant d'un camion délabré, pour traverser la chaîne d'Alaï. Une fois franchi le col de Taldyk, gardé par une statue de léopard des neiges, nous découvrons face à nous l'immense barrière de glace du Pamir, avec notre objectif pris dans les nuages. Nous bifurquons à Sary-Tash pour emprunter une longue piste poussiéreuse, qui nous amène jusqu'au camp de base à 3600 mètres d'altitude. Vladimir nous y accueille et nous passons notre première nuit dans cet endroit reculé du globe.
Jour 2 : Ascension du Pic Petrovski (4807 m)
Nous entamons pied au plancher notre programme d'acclimatation avec l'ascension du Pic Petrovski, le sommet qui domine directement le camp au sud-ouest. Nous rejoignons son contrefort nord par des prairies puis nous suivons la ligne de crête herbeuse, puis rocheuse, et enfin glaciaire jusqu'au sommet. Vue splendide et instructive sur l'immense face nord du Pic Lénine, où tout l'itinéraire est visible. Descente en courant dans les éboulis du versant oriental, jusqu'au monument aux morts.
Nous pesons notre matériel lourd et plaçons les charges sur les mules de nos amis locaux. Ceci fait, nous nous mettons en action pour la marche d'approche. Il faut dans un premier temps parcourir une vaste prairie avant de s'engager dans un vallon latéral, en franchissant un petit verrou. Le tracé s'élève ensuite dans un océan de roches colorées pour franchir le Traveler's Pass, à 4100 mètres. Nous en profitons pour faire une halte contemplative car le panorama est fabuleux. Nous perdons ensuite un peu d'altitude et parcourons le sentier en balcon sur la moraine du glacier Lénine. S'en suit une épique traversée de torrent et nous voilà au camp 1, ou camp de base avancé, car c'est ici que les candidats à l'ascension passent le plus clair de leur temps. Il existe plusieurs campements, correspondant aux différentes agences. En ce qui concerne ITMC, c'est le bigre d'Artur qui veille au grain. Récupérant nos affaires parvenues à bon port, nous dressons le camp sous l'immense versant nord du Pic Lénine.
Jour 3 : Montée au camp 1 (4400 m)
Crépuscule au Pic Eugene
Jours 4 à 6 : Bivouac au Pic Eugene (5130 m)
Enfin les choses sérieuses débutent ! Départ donné à 4h pour nous approcher, dans le silence nocturne, du gigantesque amphithéâtre glaciaire de la face nord du Pic Lénine. Nous nous équipons de corde et crampons, et commençons à gagner de l'altitude. L'itinéraire est balisé par des fanions aux couleurs de la "Lenin Race", une course de trail (à 7000 mètres !) qui aura lieu dans quelques jours. Le tracé enjambe de nombreuses crevasses par des ponts de neige, en apparence solides, mais l'endroit n'est pas sans danger, notamment à cause de la chute épisodique de séracs. Nous surmontons un raide mur de glace à l'aide de cordes fixes, puis la pente s'infléchit. Notre guide Alexi impose un rythme d'enfer et double sauvagement les autres cordées. A plus de 5000 mètres, il devient difficile de suivre sa cadence ! L'itinéraire part ensuite en traversée sur la droite, pour aller à la rencontre du camp 2.
Jour 7 : Montée au camp 2 (5340 m)
L'arête nord-ouest menant au Pic Lénine, depuis le camp 3
Le camp est placé sur une pente rocailleuse inclinée, ce qui est peu commode, mais toujours plus sûr que le plateau glaciaire en contrebas, qui fut le théâtre de la plus grande catastrophe de l'histoire de l'alpinisme. En effet en 1990, une avalanche déclenchée par un tremblement de terre dévasta le camp et tua 43 alpinistes. Désormais installés à flanc de montagne, nous sommes à l'abri des éléments, mais pas de la promiscuité dans ce campement surpeuplé.
Jour 8 : Montée au camp 3 (6100 m)
La nuit a été, disons-le, quelque peu bancale ! Je ne suis donc pas fâché de sortir de la tente et de me mettre en marche vers le camp supérieur. Un premier raidillon crevassé donne d'entrée le ton. Le large épaulement qui lui succède, et que l'on suit tranquillement, est le bienvenu pour reprendre son souffle. Daman est dans une forme éclatante. Je souffre davantage, surtout dans la dernière pente soutenue conduisant au Pic Razdelnaya (6142 m), près duquel est placé le camp 3, pleinement exposé aux fureurs du ciel.

Nous nous installons et profitons du panorama dantesque qui s'est ouvert à l'ouest, sur le Tadjikistan. Des cimes et des arêtes à perte de vue, avec le Korjenevskaya qui tire son épingle de cette enchevêtrement de glace.
Jour 9 : Tempête sur le Lénine
Attente et repos au camp I
Jours 10 à 13 : Repos au camp 1
Jours 14 à 16 : Seconde tentative
Un porteur en plein effort sur l'épaulement menant au camp 3, vers 5800 mètres
Jours 17 et 18 : Retour à la civilisation
Le Pic Lénine s'élève au cœur de l'Asie Centrale, à la frontière entre le Kirghizistan et le Tadjikistan, tout au nord de la grande chaîne de l'Himalaya. Du haut de ses 7134 mètres, il est le plus haut sommet du chaînon Trans-Alaï et le second du vaste ensemble montagneux du Pamir.

La montagne tient son nom du révolutionnaire russe et premier chef de l’Union soviétique, Lénine. On crut longtemps que le Pic Lénine était le point culminant de l’URSS jusqu’à ce qu’en 1933 le Pic Ismail Samani (7495 m, appelé alors Pic Staline) fut gravi et son altitude précisément mesurée. Le Pic Lénine fut atteint pour la première fois en 1928 par Karl Wien, Eugene Allwein et Erwin Schneider, membres d’une expédition germano-soviétique. En 1990, une avalanche déclenchée par un tremblement de terre dévasta le camp II et tua 43 personnes. C'est l'accident le plus meurtrier de l'histoire de l'alpinisme.

Il existe 16 voies sur le Pic Lénine : neuf sont sur la face sud et sept sur la face nord. La montagne est très fréquentée par les alpinistes. Il s'agit du "7000" le plus gravi au monde, en raison de son accès facile et de l’absence de difficultés techniques. Toutefois son ascension reste dangereuse à cause des redoutables effets de la très haute altitude.
Pic Lénine
Galerie photos
Récit du périple
Il a neigé toute la nuit et c'est un parterre immaculé qui nous accueille au réveil. L'ambiance est grandiose ! Nous débutons par une simple journée d'exploration, aux alentours du camp et sur une colline située juste au-dessus à environ 4700 mètres, histoire de se dégourdir les jambes.

Le lendemain nous faisons l'ascension du Pic Eugene, par une pente prononcée et malcommode. L'effort est rude car nous sommes chargés de toutes nos affaires de bivouac. Nous installons notre tente quelques mètres en contrebas du sommet, pour se protéger du vent, puis nous profitons toute la soirée d'un coucher de soleil magistral sur les puissants contreforts de la chaîne du Pamir.

Au réveil, descente en trombe puis repos au camp.
3h. Le vent balaie le camp, le froid est glacial. Blottis dans nos duvets, Daman et moi sommes perplexes, mais notre guide Alexi décide de lancer les hostilités. Nous nous équipons en vitesse, en nous vêtissant de toutes les couches disponibles, et partons sans même avoir pris le temps de manger. Nous descendons d'une centaine de mètres, jusqu'au col en contrebas du camp, puis l'ascension commence.

La trace est bonne. En surmontant quelques ressauts nous gagnons assez vite de l'altitude, malgré notre souffle court. Après deux heures d'effort nous atteignons le premier épaulement de l'arête nord-ouest, à 6400 mètres. Ici la pente est faible, mais tout devient plus compliqué car le vent atteint désormais les 50km/h. Les rafales tourbillonantes soulèvent la neige et nous giflent le visage, toujours plus fort. Nous commençons à tituber, à perdre l'équilibre. Alors que mes partenaires avaient pris quelques longueurs d'avance, je les retrouve à l'abri d'un rocher, blottis l'un contre l'autre pour profiter de notre seule source de chaleur. Le jour s'est levé, sans vraiment que nous y prêtions attention. Impossible pour moi d'enlever mes moufles pour filmer notre progression ou prendre quelques clichés, car mes doigts risqueraient de geler en quelques secondes.

Alexi ressent un violent mal de ventre. Il persiste quelques minutes à nous accompagner, mais est contraint de renoncer peu après. Tout guide qu'il est, et force de la nature, l'altitude vient d'avoir raison de lui. A vrai dire, je ne suis guère plus en forme. Je n'ai plus aucune sensation dans les doigts. Je n'ai plus de souffle et chaque mètre parcouru devient un exploit. A 6600 mètres la pente devient plus raide. Daman et moi progressons encore un peu, au courage, mais nous sommes vidés de nos forces. Progresser à cette haute altitude, avec ce vent polaire, nous a consommé toute notre énergie.
Après quelques minutes de réflexion, nous prenons la sage décision de faire demi-tour, au niveau de la "fourche", c'est-à-dire à 6700 mètres d'altitude. Le sommet est encore loin, il nous faudrait plusieurs heures pour l'atteindre, dans des conditions terribles. Il ne serait pas raisonnable de continuer.

Nous revenons tranquillement vers le camp 3, déçus bien sûr de ne pas avoir atteint le sommet, mais vivants, et c'est bien là le principal. Il est encore tôt lorsque nous arrivons à notre tente, midi environ, et nous décidons de poursuivre la descente vers les camps inférieurs. Il nous reste peu de forces, mais nous sommes motivés par l'idée de retrouver un semblant de confort dans un lieu de vie décent.

De retour au camp de base avancé, nous nous écroulons de fatigue, après avoir jeté un œil vengeur à cette immense montagne qui n'a pas daigné nous accueillir en sa cime.
Quatre longs, très longs jours d'attente au camp de base avancé. Certes c'est un repos bien mérité après les rudes efforts qui ont précédé, mais que d'ennui ! J'occupe mes journées à discuter avec les autres pensionnaires du camp, deux sympathiques taïwanais, une jeune grimpeuse originaire de Hong-Kong, ainsi qu'une joyeuse équipe de la fédération iranienne d'alpinisme. Je fais également la rencontre de Jacek Teler, un himalayiste polonais ayant réalisé plusieurs tentatives hivernales sur des "8000" ces dernières années, au Nanga Parbat notamment, en compagnie du célèbre Simone Moro. Dans quelques jours c'est Krzysztof Wielicki, figure légendaire de l'himalayisme, qui est attendu au camp de base du Lénine.

Je me promène de longues heures autour du camp, déambulant sur les moraines en admirant les glaciers qui m'entourent. Le décor est toujours aussi somptueux. Alexi est retourné quelques jours à la civilisation, pour fêter son anniversaire en famille. Je visite les autres campements, pour obtenir de précieux renseignements sur les conditions météo à venir dans les prochains jours. Les prévisions ne sont pas bonnes, à mon grand désarroi, mais une fois mon guide de retour au camp, nous envisageons une seconde et ultime tentative vers le sommet.
Toujours motivés, nous rempilons pour trois jours d'efforts supplémentaires. Nous connaissons désormais le parcours : la traversée du glacier, les flancs du versant nord, l'astucieux crochet pour rejoindre l'arête nord-ouest... Mieux acclimatés, nous gagnons bien plus vite de l'altitude.

Une fois revenus au troisième camp, nous nous reposons toute l'après-midi. Malheureusement l'habituel contact radio nous apprend ce que nous craignions : le lendemain le vent sera particulièrement violent, plus encore que lors de notre premier essai. Autant dire que nous ne nous faisons guère d'illusions sur l'issue de notre tentative, mais il faut tenter le tout pour le tout, ne pas avoir de regrets dans cette expédition.

Au matin, comme prévu, les conditions sont démentielles. Le lever de soleil est fantastique, mais difficile d'en profiter dans une tourmente pareille. Nous poussons par orgueil jusqu'à 6300 mètres, avant de faire demi-tour, à l'instar de toutes les autres cordées. Continuer serait de la pure folie.
C'est le cœur un peu lourd que je reprends le chemin du camp de base. Je suis frustré en pensant à toutes ces journées d'effort qui n'ont pas porté leurs fruits. D'autant que je n'ai pas pour projet de revenir en ces lieux, mes priorités seront ailleurs, sur d'autres grandes montagnes du monde...

Malgré tout je garderai un bon souvenir des montagnes du Kirghizistan et des vastes pentes du Pic Lénine. Un agréable premier contact avec les reliefs de l'Himalaya !
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