MONT BLANC (4810 m) - Traversée
23-24 Juin 2010, Chamonix, France
Le Mont Blanc, situé dans le massif du même nom, est le point culminant de la chaîne des Alpes. Avec une altitude de 4810 mètres il constitue le plus haut sommet d'Europe occidentale, ce qui lui vaut parfois le surnom de "Toit de l'Europe". Une appelation erronée si l'on considère sur le plan continental les montagnes du Caucase dont l'Elbrouz fait partie. Le Mont Blanc se situe entre le département de la Haute-Savoie en France et la vallée d'Aoste en Italie. La frontière qui y passe est d'ailleurs l'objet d'un éternel litige entre les deux pays. Il alimente directement bon nombre de glaciers, le plus connu étant celui des Bossons qui s'écoule vers Chamonix. Sur cette grande montagne, qui domine tout le paysage, les conditions météorologiques peuvent changer très rapidement et contribuer à l'échec d'une ascension.
La première ascension connue remonte au 8 août 1786 par Jacques Balmat et le docteur Michel Paccard. Un succès qui marqua les prémices de l'alpinisme. Depuis cette date le sommet a représenté un objectif pour toutes sortes d'aventuriers. Il fut un objet de fascination dans de nombreuses œuvres culturelles. Le site du massif du Mont-Blanc fait aujourd'hui l'objet d'un projet de classement sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en tant que "site exceptionnel unique au monde" et en tant que haut lieu culturel, lieu de naissance et symbole de l'alpinisme.
De nos jours, environ 3000 alpinistes réussissent l'ascension chaque année. Du coup le Mont Blanc est considéré faussement comme une ascension facile pour peu que l'on soit bien entraîné et habitué à l'altitude, alors que cette course nécessite d'avoir un minimum de connaissances de la haute montagne et ne doit pas être faite sans un équipement adéquat.
Le Mont Blanc vu depuis l'épaule du Maudit
La voie normale, ou "Voie Royale" : au départ de Saint-Gervais, on monte tout d'abord par le tramway du Mont-Blanc pour rejoindre le Nid d'Aigle. L'ascension débute alors en direction du refuge de Tête Rousse, puis passe par le dangereux couloir du Goûter (chutes de pierre fréquentes) afin de rejoindre le refuge du Goûter pour la nuit. Le lendemain le tracé passe par le Dôme du Goûter, le refuge Vallot et l'arête des Bosses. Il s'agit de l'itinéraire le plus fréquenté.

La voie des 3 Monts : au départ de Chamonix, on monte tout d'abord par le téléphérique de l'Aiguille du Midi. De là on rejoint le refuge des Cosmiques pour y passer la nuit. Le lendemain l'itinéraire contourne le Mont Blanc du Tacul, puis le Mont Maudit, avant de rejoindre le sommet du Mont Blanc via le col de la Brenva.

L'itinéraire historique par les Grands Mulets, plutôt utilisé l'hiver en ski, ou en été pour la descente sur Chamonix. Il est actuellement peu fréquenté car considéré comme dangereux (exposé aux chutes de séracs).

La voie normale italienne, ou "route des Aiguilles Grises" : traversée du glacier du Miage, nuit au refuge Gonella, montée au col des Aiguilles Grises, puis au Dôme du Goûter où l'on retrouve l'arête des Bosses.

La traversée Miage–Bionnassay–Mont Blanc, qui se fait généralement en 3 jours. Au départ des Contamines-Montjoie, la première nuit est passée au refuge des Conscrits. Le lendemain, traversée des Dômes de Miage pour rejoindre le refuge Durier. Le 3e jour, ascension de l'Aiguille de Bionnassay, puis passage par le Dôme du Goûter.
Ultimes rayons sur le Dôme du Goûter
Le Mont Blanc, c'est avant tout le rêve d'un gosse passionné de montagne. Et même si ce n'est pas la plus belle des cimes, elle n'en reste pas moins un objectif incontournable pour tout alpiniste qui se respecte. Nombreux sont ceux qui y ont fait leurs premiers pas en crampons. Une tentative en juillet 2009 s'était soldée par un cuisant échec, en pleine tourmente de neige, quelque part vers le col de la Brenva. Nous nous étions alors contentés de gravir le Mont Blanc du Tacul, maigre lot de consolation pour nous qui avions tant à cœur de conquérir le "Toit de l'Europe"...

Un an plus tard, l'heure de la revanche a sonné. Je choisis à nouveau la voie des 3 Monts, un itinéraire très accessible puisqu'on économise beaucoup d'énergie en rejoignant facilement le refuge par le téléphérique de l'Aiguille du Midi. Mes partenaires ne sont plus les mêmes : cette fois je suis accompagné par mon père Dominique, ainsi que par Mario (du Team Expé) et Daniel, son paternel. Afin d'acclimater nos organismes nous avons réalisé les jours précédents quelques randonnées sur les sommets du Giffre. Nous arrivons donc dans de bonnes dispositions physiques, et c'est avec une énorme motivation que nous abordons ce grand défi, l'ascension du Mont Blanc !

Chamonix, début d'après-midi. Nous embarquons dans la benne bondée de touristes qui nous propulse en un clin d'oeil 2600 mètres plus haut, au sommet de l'Aiguille du Midi. Le paysage est grandiose, et nous sommes impatients de lancer nos petites carcasses au milieu de ce décor.
Crépuscule au refuge des Cosmiques
Une fois équipés, nous entrons tout de suite dans le vif du sujet avec la descente de l'arête de l'Aiguille du Midi. Un parcours facile mais un peu aérien, suffisamment en tout cas pour impressionner les néophytes. Dès l'entame il faut faire preuve de concentration. Cela ne dure pas longtemps, car très vite l'arête s'élargit et nous prenons pied sur le glacier du Géant. Nous passons en contrebas de l'Aiguille du Midi. Une cordée est engagée dans la Rébuffat, une voie historique ouverte par ce grand alpiniste, inspirateur de bien des vocations. La trace, énorme, nous conduit en quelques minutes au refuge des Cosmiques, placé sur un petit rognon neigeux. Pour occuper l'après-midi nous faisons en vitesse l'ascension de la Pointe Lachenal (3613 m), un très modeste sommet écrasé par le Mont Blanc du Tacul.
Lever de soleil à l'épaule du Maudit
Retour aux Cosmiques, bâtisse moderne et confortable, idéalement placée au coeur de cet éblouissant massif du Mont-Blanc. En soirée la montagne joue son plus beau spectacle : la mer de nuages qui s'étend à nos pieds nous projette au-dessus du monde, et les sommets mythiques du massif sont frappés par les ultimes rayons du soleil. C'est une véritable féérie à laquelle nous assistons depuis la terrasse de ce refuge flamboyant neuf.

Réveil à 1h. La nuit fut très courte, et la journée promet d'être très longue ! Nous quittons le refuge et démarrons en douceur, en perdant un peu d'altitude pour traverser le col du Midi. Face à nous, nous pouvons observer les cordées nous devançant dans la face nord du Tacul. La lueur des frontales crée un étonnant chemin de lumière. Bercés par le crissement des crampons et le cliquetis des mousquetons, nous attaquons cette pente de neige bardée de séracs, qui sont autant de dangers imprévisibles. Il est toujours fâcheux de s'exposer à ces risques objectifs, en sachant pertinemment que ces blocs de glace de plusieurs tonnes peuvent s'effondrer à tout moment, ne laissant pas la moindre chance aux malheureux passant en contrebas... Dans ces moments l'alpiniste devient impuissant, il perd la maîtrise de sa course. Il peut néanmoins limiter le danger en abrégeant le temps d'exposition et en prenant garde de ne pas stationner sous ces menaces invisibles. Nous croisons donc les doigts, et contournons des crevasses, franchissons des rimayes. A cette saison les ponts de neige sont encore solides et l'itinéraire semble plutôt sûr.
Nous atteignons l'épaule du Tacul, à 4050 mètres d'altitude. Le moral est excellent. La seconde partie de l'ascension peut débuter. Nous laissons sur notre gauche le Mont Blanc du Tacul et poursuivons par une traversée légèrement descendante en direction du col Maudit. Le tracé remonte ensuite dans la face nord du Mont Maudit. Là aussi quelques séracs menacent. Vers 4200 mètres nous obliquons à droite pour rejoindre la rimaye de l'épaule du Maudit. Nous la franchissons et attaquons le raidillon (50° sur 50 mètres), qui la veille était pour mes partenaires une source d'appréhension. En nous aidant des cordes fixes nous remontons une première longueur de neige, puis une courte section en mixte, pour déboucher à l'épaule du Maudit à 4345 mètres.
La fine équipe à 4810 mètres !
Le soleil se lève. Il éclaire la calotte sommitale du Mont Blanc, bien visible désormais. Notre "Graal" est en ligne de mire ! Depuis l'épaule nous traversons la pente sud-ouest du Mont Maudit. Avant d'arriver au col de la Brenva je profite de mon bon de sortie, préalablement négocié et obtenu sans difficulté, car pour le collectionneur de "4000" que je suis il serait inconcevable de passer si près du Mont Maudit sans le gravir ! Mes compagnons restent au col pour se reposer. Quant à moi je file droit dans la pente. Le terrain se redresse, mais la neige est d'une qualité remarquable et cramponner dans ces conditions devient un plaisir. En une dizaine de minutes je me hisse au sommet du Mont Maudit (4465 m). Les silhouettes des grands sommets valaisans découpent l'horizon. La vue est surtout bluffante sur le mythique versant de la Brenva, cette gigantesque muraille où se sont tournées des pages héroïques et tragiques de l'histoire de l'alpinisme.

De retour auprès de mes compagnons, nous rejoignons très vite le col de la Brenva, en restant à distance respectable des corniches monstrueuses qui surplombent le versant italien. Puis nous lançons l'assaut final. Le Mur de la Côte, soutenu, se présente devant nous. Nous nous élevons plus lentement. Il faut dire que l'altitude commence à se faire sentir. Un replat vers 4500 mètres vient à point nommé. C'est l'occasion d'une pause avant les ultimes hostilités. Nous contournons les Petits Rochers Rouges par la droite puis attaquons la croupe terminale qui nous semble bien longue. Nous sommes désormais à bout de souffle, et chacun doit puiser dans ses ressources. L'altimètre, qui grimpe inexorablement, est une bonne source de motivation. A 9h du matin, ce jeudi 24 Juin 2010, le Mont Blanc est sous nos pieds.
Difficile de trouver les mots pour définir ce que l'on ressent à ce moment-là, lorsqu'on foule cette grande arête sommitale en plein ciel. C'est l'aboutissement d'un rêve. Du bonheur, tout simplement. Nous immortalisons le moment, avant que l'arête des Bosses ne déverse son flot d'alpinistes. La vue porte à une distance très lointaine. Autour de nous les montagnes paraissent minuscules. Même les Grandes Jorasses sont noyées dans le décor ! Et que dire de Chamonix, niché à nos pieds dans le creux de la vallée, si près et si loin à la fois...

Nous sommes heureux, mais épuisés. Le moral vacille à la pensée des 2500 mètres de dénivelé qu'il nous faut maintenant redescendre. Nous repartons par l'arête des Bosses, voie normale surfréquentée, sur laquelle nous rencontrons un nombre fou de cordées. L'arête n'est pas bien large, et il faut être prudent au moment de se croiser. Pas évident de rester bien concentré malgré la fatigue ! Nous nous octroyons une pause à proximité du refuge Vallot, un abri métallique posté sur un îlot rocheux. Cette petite baraque s'est avérée salvatrice pour nombre d'alpinistes égarés. Je m'offre ensuite un léger crochet vers le Dôme du Goûter (4304 m), histoire de compléter ma "to-climb list". Le sommet est si évasé que le point culminant est difficilement repérable. Plus bas nous parvenons au refuge du Goûter.
L'arête des Bosses, depuis le Dôme du Goûter
Daniel, à bout de forces, décide de rester cette nuit au refuge. Il s'arrange pour intégrer une cordée et terminer avec elle la descente le lendemain. Quant à nous, nous aimerions boucler cette traversée dans la journée. L'horaire est déjà bien avancé, mais avec un finish en trombe nous pourrions attraper de justesse le petit train du Nid d'Aigle. Nous plongeons donc plein ouest, dans une pente bien escarpée. Malgré les multiples artifices métalliques qui facilitent le passage, la descente reste délicate, notamment à cause de la glace qui recouvre en partie le tracé. Autre souci : par dizaines les alpinistes montent vers le refuge, et nous ne pouvons pas progresser aussi rapidement que prévu. Vient alors la dernière difficulté, tant redoutée : le tristement célèbre Grand Couloir. La traversée ne prend qu'une minute, mais dans ce court laps de temps on est très exposé aux chutes de pierres. D'autant qu'il y a énormément d'alpinistes au-dessus de nous. Raison de plus pour être vigilant, car chaque année des accidents se produisent ici. Nous franchissons l'obstacle à vive allure.

3200 mètres. Nous délaissons le refuge de Tête Rousse et filons à grandes enjambées sur les névés du désert de Pierre Ronde. Nous ne ménageons pas nos articulations et faisons une croix sur une pause qui aurait pourtant été bien méritée. Quelques glissades tout en contrôle nous font gagner un temps précieux. Mais en fin de compte ces efforts s'avèrent inutiles puisqu'une fois au Nid d'Aigle, nous apprenons que suite à un souci technique le prochain tramway ne part que dans deux heures!

Ainsi s'achève notre rude et belle épopée sur le géant des Alpes !
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